Miss Hyde ou la dernière demi-heure
Hier, j’ai travaillé de 6h30 à 16h30. J’ai travailler de 6h30 à 11h30 à la boulangerie et de 12h30 à 16h30 au service. Vers 16h00, j’avais mal des pieds jusqu’aux genoux. J’avais mal au dos et à la tête. Lorsque j’ai constaté que j’avais tous ces malaises à la fois, j’ai eu une montée de chaleur et la nausée. Je suis devenue impatiente. Je me suis transformée en vieille caissière frustrée... MOUAAAAAHAHAHA!!!!
Vous savez, je suis une caissière expérimentée. Je lis dans votre pensée et dans vos moindres gestes. Je devine des choses dont vous n’avez pas encore conscience. Je vous vois sortir vos dollars, puis hésiter, glisser vos mains dans vos poches, tâter votre petit change. Alors je vous demande si le montant que vous m’avez remis entre les mains est complet. Je vous donne une chance de vous défaire de votre monnaie. Vous y réfléchissez une fraction de seconde et vous me dites que c’est complet. Alors je pitonne et ouvre ma caisse... Puis, je vous entends me dire : «Ah! Finalement, j’ai le 9 cent si ça ne te dérange pas» Je serre les dents en disant : «Bien sûr que non, ça ne me dérange pas» Sauf que le 9 cent n’est pas 9 cent, c’est 25 cent. C’est pas seulement que je sois nulle en calcule rapide, mais à ce moment précis, mon cerveau fait des ratés. Je n’arrive pas à compter. Je sens votre regard, celui des cinq autres personnes derrière vous et celui des trois clients qui font la file à la caisse des retours de bouteilles posés sur moi. Tout le monde attend après moi... Et moi, je n’y arrive pas. Je ne sais plus calculer. Les secondes passent et vous vous impatientez parce que vous croyez que je ne fais plus rien. Je suis là, figée. J’essaie de me concentrer et de faire abstraction de tous ces gens, mais ma tête ne fait qu’hurler : «Dépêches-toi, tête de linotte!!!» Je sens votre frustration apparaître. Vous commencez à croire que je vous fait perdre du temps que vous n’avez pas. Car vous êtes pressés, vous avez une vie vous! Certainement! Et ce n’est pas une petite caissière qui ne sait pas compter qui va vous la gâcher votre vie! Oh que non! Et moi, je me dis : «Si vous êtes si fin, dites-le moi le montant, donnez-moi le chiffre qu’on en finisse!» Mais je connais la vérité. La réalité est que vous ne le savez pas plus que moi ce foutu montant. Alors vous m’agacez avec vos airs de supériorité. Puis, j’imagine que je prends votre tête entre mes mains, qu’elle se détache de votre corps POF!, que je la lance et qu’elle se déplace tel un immense ballon sur une foule à concert poche... Ça m’amuse. Vraiment. Soudainement, je sais combien je vous dois et m’empresse de vous remettre votre argent avec une politesse et un sourire qui dit clairement que, l’imbécile, ce n’est pas moi bon. Et je vous jure que tout ça n’a pas été plus long que le temps que vous avez pris pour me payer. N’essayez pas ça à la maison, je suis une professionnelle!
Vers 16h00, j’étais fatiguée... parce que c’était une longue journée, parce que je déteste faire de la caisse, parce que j’avais regardé Le Seigneur des anneaux III, la veille, jusqu’à la fin, c’est-à-dire trop tard pour une fille qui travaillait à 6h30... parce que j’ai commencé mes règles vers la fin de mon quart de travail... Ah ah!! Voilà! C’est pour ça que je m’étais transformée en caissière frustrée... Au diable le contexte, les excuses bidons! C’était donc ça!
J’ai mes règles, je me transforme en monstre. Une caissière frustrée de vous voir trop heureuse... La chienne, elle m’emmerde avec son bonheur!... Frustrée parce que vous ne me répondez pas lorsque je vous dis bonjour avec mon plus charmant sourire, ... Et quand ce sera une machine qui sera à ma place, vous allez chiâler que le contact humain vous manque... Frustrée parce que lorsque je fais une erreur, vous m’en voulez comme si j’avais tenté de noyer votre enfant... Parce que vous ne faites jamais d’erreurs, vous, vous êtes parfait. JE M’EN RENDS BIEN COMPTE!!! Frustrée parce que vous ignorer la main que je vous tend pour y déposer votre monnaie... Venez pas me faire croire que je suis invisible, je viens de me gaver d’éclairs au chocolat il y a quelques jours (et maintenant, je comprends pourquoi) POF! POF! POF! POF! Les têtes flottent partout... 16h30. J’crois qu’il est temps que je rentre chez moi là. VRAIMENT.
Vous savez, je suis une caissière expérimentée. Je lis dans votre pensée et dans vos moindres gestes. Je devine des choses dont vous n’avez pas encore conscience. Je vous vois sortir vos dollars, puis hésiter, glisser vos mains dans vos poches, tâter votre petit change. Alors je vous demande si le montant que vous m’avez remis entre les mains est complet. Je vous donne une chance de vous défaire de votre monnaie. Vous y réfléchissez une fraction de seconde et vous me dites que c’est complet. Alors je pitonne et ouvre ma caisse... Puis, je vous entends me dire : «Ah! Finalement, j’ai le 9 cent si ça ne te dérange pas» Je serre les dents en disant : «Bien sûr que non, ça ne me dérange pas» Sauf que le 9 cent n’est pas 9 cent, c’est 25 cent. C’est pas seulement que je sois nulle en calcule rapide, mais à ce moment précis, mon cerveau fait des ratés. Je n’arrive pas à compter. Je sens votre regard, celui des cinq autres personnes derrière vous et celui des trois clients qui font la file à la caisse des retours de bouteilles posés sur moi. Tout le monde attend après moi... Et moi, je n’y arrive pas. Je ne sais plus calculer. Les secondes passent et vous vous impatientez parce que vous croyez que je ne fais plus rien. Je suis là, figée. J’essaie de me concentrer et de faire abstraction de tous ces gens, mais ma tête ne fait qu’hurler : «Dépêches-toi, tête de linotte!!!» Je sens votre frustration apparaître. Vous commencez à croire que je vous fait perdre du temps que vous n’avez pas. Car vous êtes pressés, vous avez une vie vous! Certainement! Et ce n’est pas une petite caissière qui ne sait pas compter qui va vous la gâcher votre vie! Oh que non! Et moi, je me dis : «Si vous êtes si fin, dites-le moi le montant, donnez-moi le chiffre qu’on en finisse!» Mais je connais la vérité. La réalité est que vous ne le savez pas plus que moi ce foutu montant. Alors vous m’agacez avec vos airs de supériorité. Puis, j’imagine que je prends votre tête entre mes mains, qu’elle se détache de votre corps POF!, que je la lance et qu’elle se déplace tel un immense ballon sur une foule à concert poche... Ça m’amuse. Vraiment. Soudainement, je sais combien je vous dois et m’empresse de vous remettre votre argent avec une politesse et un sourire qui dit clairement que, l’imbécile, ce n’est pas moi bon. Et je vous jure que tout ça n’a pas été plus long que le temps que vous avez pris pour me payer. N’essayez pas ça à la maison, je suis une professionnelle!
Vers 16h00, j’étais fatiguée... parce que c’était une longue journée, parce que je déteste faire de la caisse, parce que j’avais regardé Le Seigneur des anneaux III, la veille, jusqu’à la fin, c’est-à-dire trop tard pour une fille qui travaillait à 6h30... parce que j’ai commencé mes règles vers la fin de mon quart de travail... Ah ah!! Voilà! C’est pour ça que je m’étais transformée en caissière frustrée... Au diable le contexte, les excuses bidons! C’était donc ça!
J’ai mes règles, je me transforme en monstre. Une caissière frustrée de vous voir trop heureuse... La chienne, elle m’emmerde avec son bonheur!... Frustrée parce que vous ne me répondez pas lorsque je vous dis bonjour avec mon plus charmant sourire, ... Et quand ce sera une machine qui sera à ma place, vous allez chiâler que le contact humain vous manque... Frustrée parce que lorsque je fais une erreur, vous m’en voulez comme si j’avais tenté de noyer votre enfant... Parce que vous ne faites jamais d’erreurs, vous, vous êtes parfait. JE M’EN RENDS BIEN COMPTE!!! Frustrée parce que vous ignorer la main que je vous tend pour y déposer votre monnaie... Venez pas me faire croire que je suis invisible, je viens de me gaver d’éclairs au chocolat il y a quelques jours (et maintenant, je comprends pourquoi) POF! POF! POF! POF! Les têtes flottent partout... 16h30. J’crois qu’il est temps que je rentre chez moi là. VRAIMENT.